Des cahiers abandonnés aux fresques vivantes : l’histoire d’un jeune artiste qui dessine son avenir en silence
Des cahiers abandonnés aux fresques vivantes : l'histoire d'un jeune artiste qui dessine son avenir en silence

Ourika Press
Dans le douar d’El Hajeb, situé dans la région de l’Ourika, un jeune garçon fouillait parmi de vieux cahiers d’école — dont certains étaient voués à la poubelle — à la recherche de pages blanches. Il ne cherchait pas un espace pour faire ses devoirs, mais plutôt une nouvelle toile pour libérer son imagination.
Ce garçon, c’est Ahmed Barkach. Alors âgé de seulement huit ans, il ignorait que les premiers traits qu’il traçait avec un simple crayon à papier allaient marquer le début d’une vocation grandissante d’année en année, et qui cherche aujourd’hui une véritable opportunité pour éclore.
Une passion précoce
Dès l’âge de dix ans, son attachement au monde du dessin s’est intensifié. Il passait de longues heures à reproduire des images et des personnages qui lui plaisaient, en utilisant les moyens du bord : du papier et des crayons rudimentaires.
Il ne s’agissait pas d’un simple passe-temps éphémère comme c’est le cas pour beaucoup d’enfants, mais d’une passion authentique qui se renouvelait chaque jour. À peine un dessin terminé, il pensait déjà au suivant, le voulant plus précis et plus complexe.
Au fil des mois, ses intérêts se sont orientés vers les célébrités du sport et des arts. On a vu ainsi apparaître sur ses feuilles les traits de grandes stars telles que Cristiano Ronaldo et Lionel Messi, ainsi que d’autres personnalités dont il observait les photos avec l’œil de l’artiste plutôt qu’avec celui du supporter.
Un talent qui suscite l’admiration
Il ne fallut pas longtemps pour que son talent attire l’attention de son entourage. Au sein de son établissement scolaire, ses camarades et certains de ses enseignants ont commencé à lui demander de réaliser leurs portraits, admiratifs de sa capacité à capturer les traits et les détails avec une fidélité qui dépassait son âge et son expérience.
En contrepartie de ces dessins, il ne recevait que deux ou trois dirhams. Pourtant, il se souciait peu de l’aspect matériel ; sa véritable récompense était le bonheur de ceux qui se voyaient immortalisés sur une page blanche grâce à sa touche artistique unique. Chaque fois qu’il revenait avec de nouvelles œuvres, il avait hâte de les présenter et d’en discuter les détails, recherchant une critique constructive pour s’améliorer plutôt que de simples éloges.

Les études d’abord… mais le talent n’attend pas
Malgré l’admiration évidente pour son travail, son entourage veillait à lui rappeler que les études restent le fondement de toute réussite et que le talent seul ne suffit pas à bâtir un avenir. Il écoutait attentivement ces conseils et s’efforçait de trouver un équilibre entre ses obligations scolaires et son amour pour le dessin — une équation complexe pour un enfant de son âge.
Du papier aux murs Affinant ses compétences, il a décidé d’ouvrir une petite fenêtre sur le monde via la plateforme Instagram, où il a commencé à publier ses œuvres. Peu à peu, ses dessins ont touché un public au-delà de son cercle scolaire et familial, lui permettant de décrocher ses premières commandes pour peindre sur les murs de certains commerces.
C’est ainsi qu’il est passé du dessin sur papier aux fresques murales et sur verre, découvrant un nouvel univers qui exige de la patience, de la précision et de longues heures de travail. Bien que certaines de ces œuvres demandent un effort considérable, il acceptait de les réaliser pour des sommes dérisoires, loin de refléter la valeur réelle de son travail.
« Je suis encore en train d’apprendre »
Chaque fois qu’on lui faisait remarquer que la rémunération qu’il percevait était bien inférieure à ce qu’il méritait, il répondait avec un calme désarmant : « Je suis encore en train d’apprendre. »
Une phrase courte, mais qui résume une immense détermination et un désir d’acquérir de l’expérience avant de chercher le profit. Alors que beaucoup se préoccupent de ce qu’ils vont gagner aujourd’hui, Ahmed, lui, se concentre sur ce qu’il peut devenir demain.
La fresque du salon de coiffure : le tournant
Sa dernière réalisation en date est une fresque murale à l’intérieur d’un salon de coiffure. Ce travail lui a demandé beaucoup de temps et d’énergie, mais il a réussi à transformer un mur ordinaire en un espace artistique attrayant qui capte le regard des clients.
Dès lors, il est devenu évident qu’il ne s’agissait plus d’un simple passe-temps d’enfant, mais d’un talent pur qui évolue à pas de géant et qui mérite d’être encadré et soutenu. C’est de là qu’est née l’idée de parler de lui aujourd’hui, non pas par complaisance ou flatterie, mais par conviction que les jeunes talents n’ont parfois besoin que d’un coup de projecteur.
Un talent qui mérite sa chance
Ce jeune garçon n’a peut-être pas encore bénéficié d’une formation artistique spécialisée, et il ne possède pas le matériel des artistes professionnels, mais il détient une chose qui ne s’achète pas et ne s’enseigne pas facilement : la passion.
Cette même passion qui l’a poussé à dessiner sur des papiers abandonnés, puis sur des toiles, et enfin sur les murs, et qui pourrait le mener vers de plus grands accomplissements à l’avenir s’il trouve les encouragements et le soutien nécessaires.
À une époque où les réussites commencent souvent par un petit pas, ces quelques lignes seront peut-être le premier jalon sur le parcours d’un jeune artiste qui continue de dessiner ses rêves en silence, en attendant l’opportunité qui lui offrira un espace plus large pour exprimer toute l’étendue de son talent. Car certains talents ont simplement besoin que l’on croie en eux… avant que tout le monde n’en fasse autant.
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